Textes sur la musique, by Oim.

















Concerts de Kéziah Jones et de Patrice à Carcassonne.. cadre idyllique, temps magnifique, coucher de soleil sur les remparts en toile de fond du spectacle..

Quand Kéziah entre en scène, il se passe quelques chose d'étrange, une onde électrique.. Il est seul ou quasiment. Un batteur, un bassiste et Lui. Pas de frioritures... Inutile... Il se suffit. Il prend sa guitare et se referme sur elle. Il fait parti de ces musiciens qui ne font qu'un avec leur instrument. Nous, public, on absorbe, on ouvre grand les yeux et les oreilles mais on sent bien qu'on ne fait que lui obéir, que tout est orchestré même s'il n'y a que trois personnes face à nous. Kéziah se tord sur sa guitare, il ne regarde qu'elle, il n'est qu'avec elle...On est bel et bien exclu du jeu.. Qu'il la pose ou s'en serve de percussion, qu'il la colle contre son torse, qu'il la caresse du bout du médiator... peu importe! Nous, on est extérieur à ce qui se joue entre ce type et sa guitare! Et c'est c'est ça qui est beau! Bon, évidemment, le gars a de l'expérience maintenant alors, il s'amuse! Passé une bonne demi-heure, il tombe la chemise et se met à se dandiner lassivement... Comme si ça ne suffisait pas! Là, le public féminin est soit aux aboies soit en pamoison mais bref, sur les rotules, parce qu'un gars qui bouge comme ça, forcément, ça ne peut pas laisser de marbre!.. Et il le sait! Il joue, je vous dis! Mais ça ne dure pas, ça ne l'intéresse pas. Il nous délaisse pour revenir derrière son micro et derrière sa guitare. il n'y a qu'elle! il se replie contre elle et on en redemande... Jimmy Hendrix n'est même pas mort!!!

Puis c'est Patrice qui envahit l'espace scénique... oui, il l'envahit. Il est tout petit, habillé comme n'importe qui, un jean, un tee shirt, des baskets, aucun effet... Mais quand il s'empare du micro, quand il chante, quand il bouge, il mettrait le feu dans une nécropole!!!! Il est taquin, il interpelle, il passe allégrement d'un octave à un autre et d'un pur ragga à du blues sans que ça lui pose le moindre problème! Il saute, il rit, il parle, il chante, il court d'un bout à l'autre... Puis la scène ne lui suffit plus et il embarque ses musiciens ( et le service d'ordre bien énervé!!) au milieu du public! Il lance un chant quasi gospel puis retourne au bon vieux ragga... La facilité avec laquelle il jongle avec ses notes est déconcertante! Tout le monde est debout, chante, c'est jouissif, attractif, drôle, envoutant!!! Une osmose se crée entre ce petit bout de type et des centaines de personnes! Des volutes d'herbe du rang de devant me chatouille les narines... Et oui, Bob Marley n'est même pas mort!!!!

Et puis il y a eu ce moment ce moment assez magique où Kéziah a rejoint Patrice sur scène et où ils sont partis dans un boeuf d'un quart d'heure, vingt minutes... C'était un moment plutôt fantastique de voir ces deux musiciens ensemble sur scène... Un très très bon moment... de ces moments qui font sentir qu'on a de la chance de vivre, d'être là...

"I will change the world today, I don't care what the people say... I kill the devil!!! Yeeeeee!!!" Patrice.

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"Ecouter Claude..."

Ecouter Claude est un plaisir à chaque fois renouvelé, un émerveillement, un bonheur. Ecouter Claude et se dire que le talent existe; sentir que certaines personnes ont vraiment "ce petit quelque chose" en plus.
Ecouter Claude et sa musique, riche, si riche,; entrer presque malgré soi dans son univers musical, bariolé de jazz et de java, ce monde bien à lui, grand, ouvert, multiracial, cette planète pleine de notes qu'il nous envoie comme un cadeau.
Ecouter Claude et ses paroles, ses mots avec lesquels il joue, avec lesquels il jongle; croire avec lui que nous sommes égaux "Amstrong, tôt ou tard, on n'est que des os. Est-ce que les tiens seront noirs? ce serait rigolo! Au-delà de nos oripeaux, noirs et blancs sont ressemblants comme deux gouttes d'eau."; rêver de Toulouse et aimer l'entendre nous dire : "Ah! Tu verras, tu verras, tout recommencera..." parce qu'un texte de Claude est toujours trop court et qu'on voudrai le prolonger à loisirs...
Ecouter Claude et surtout le regarder, seul, au milieu de la scène avec ses gestes imprécis, sa démarche pudique, seul au milieu de ses musiciens, ses amis, ses frères, seul au milieu de cette foule qui n'attendait que lui et qui jubile lorsqu'il commence à chanter...
Regarder Claude boxer sur scène, lever les mains au ciel et laisser son regard de poète errer au sol... Regarder Claude et le trouver beau, beau comme un dieu païen qu'il est, avec sa voix grave, son sens du phrasé, son rythme et cette capacité, ce don qu'il a de vous faire entrer à ses côtés sur le ring, dans son arène, sublime taureau qui mène son récital comme un combat...
Ecouter Claude, se laisser entraîner par sa musique, jouir de ses paroles, le regarder et penser, à défaut de pouvoir le lui dire : " Merci, monsieur Nougaro!"

(photo issue du site Nina people)
En hommage à Claude Nougaro, Texte écrit en mai 1998 après l'avoir vu sur scène.